TEXTES

Visible / invisible. ( alex Burke 2013 ) Il y a une forme d’invisibilité sociale, l’invisibilité de celui qui est en marge. Il y a aussi des formes d’invisibilité provoquées donc subies. Dans un des cas il s’agit de discriminer une catégorie dans une population pour l’exclure,l’éliminer,ce fut le cas au Rwanda et dans l’Allemagne nazie. Une de ces forme retient plus particulièrement mon attention. Il y a cinq siècles, l’Europe entreprend la conquête et la colonisation des Amériques. Les Amérindiens sont éliminés car ils ne veulent pas être mis en esclavage. Afin de disposer d’une main d’oeuvre abondante et gratuite,l’homme Africain est déclaré objet, marchandise, bien meuble. Pour justifier et légitimer cette imposture, a été mis en oeuvre tout un arsenal de propagande:Le code noir, la bible a été convoquée, des thèses pseudo scientifiques ont été élaborées, des exhibitions de sauvages ont été organisées, des zoos humains, des caricatures des contes et des légendes ont été produits L’imprégnation a été si puissante qu’elle peut être réactivée sans difficulté aujourd’hui pour servir de leurre, détourner l’attention des vrais responsables des problèmes qui surviennent dans nos sociétés contemporaines, ceux dont l’insolente prospérité a été obtenue au détriment de la majorité des populations. Pour toutes ces raisons Lampédusa résonne a mes oreilles comme un écho a ce qui s’est passé il y a cinq siècles. Il y toujours des vendeurs, des acheteurs, des corrupteurs . Malheureusement les prédateurs sont de toutes origines, de toutes confessions; si il y a une chose qui est largement partagé dans le monde, c’est le goût pour le pouvoir, la puissance a obtenir quel qu’en soit le prix, la fin justifiant les moyens. Le rôle de l’artiste est d’alerter, de dévoiler, de montrer ce que l’on nous dissimule, de rendre visible l’invisible. Les nègres qui ont effectué la sinistre traversée dans les cales puantes des navires n’ont pas trouvé un eldorado, ni une terre promise aux Amériques. Il y ont trouvé l’humiliation, il ne l’ont pas accepté, ils ont résisté de diverses manières. Ils ont donné au monde le jazz, sur ces terres des Amériques sont nés des rebelles qui par leur courage ont su montrer la voie, celle du refus de la fatalité, ils ont pour noms : Toussaint Louverture, Martin Luther King, Malcom X, Mohamed Ali , Angela Davis, Frantz Fanon, Aimé Césaire et encore bien d’autres.

 

BATIR SUR UN CHAMPS DE RUINES Je suis né dans une petite île de la Caraïbe.Mon premier contact avec la création plastique s’ est effectué à l’ âge de 18 ans, en France à travers l’enseignement dispense par une école d’art. Assez rapidement je me suis senti en rupture, étranger au langage que l’on me proposait certes séduisant mais lié a une seule culture et ne correspondant pas totalement a mon univers intérieur. La découverte du surréalisme, en particulier l’œuvre de Wifredo Lam m’a laissé entrevoir quelques pistes. Au début des années 70, spectateur d’une représentation du Bread and Puppet j’ai été fortement impressionné par des immenses poupées blanches qui se déployaient au milieu des spectateurs. A l’ atelier, j’ ai fabriqué 1, 2 ,3, 100, 1000 petites poupées blanches a l’ aide de lambeaux de draps usagés, que j’ ai rangé dans des assemblages de boîtes de cigares peintes en noir, par la suite j’ ai construit des casiers, des structures, des boîtes noires, des valises pour les accueillir et les transporter plus aisément. Le travail révélait plusieurs lectures possibles. l’évocation d’une société normalisatrice qui range, classe des individus en catégories, leur délimitant un espace social, culturel voir géographique. Des momies, des êtres désidentifiés, aliénés, des zombis, une métaphore de la société de l’époque.. Les poupées ont progressivement disparu, laissant vides les constructions, les boîtes, les valises contenant maintenant des bribes d’architecture suggérant les restes d’une sombre mémoire. Les simulacres d’ archéologie disparaissent à leur tour pour me laisser un monochrome noir, un mur de poussière. J’ai soufflé sur cette poussière du temps et apparurent des ors, des bleus, des sortes de retables dédiés a des dieux inconnus, splendeurs d’un passé ignoré. Alors s’en suivirent diverses aventures plastiques entre autres des dessins de grands formats, des signes fragiles, esquissés, des bribes de mots exaltant le blanc de l’espace, d’élégance, de poésie, de liberté. J’avais l’impression de m’être délesté d’encombrants bagages, d’être enfin devenu moi-même. À la fin des années 90, j’ai débuté un cycle d’installations par une exposition titrée : «  Island in the sun « , il s’agissait de montrer l’envers du dépliant touristique, évoquer une société déboussolée précipitée dans une consommation effrénée avec tout ce qui lé accompagne, violence, drogue et un avenir incertain. BATIR SUR UN CHAMPS DE RUINES, ruine de l’individu, aliéné, sans repère qui n’arrive pas à faire le deuil d’un passé mythique et fantasmé, d’où la nécessité pour l’homme Caribéen de RECOLLER LES MORCEAUX, d’explorer une archéologie de l’intérieur, de l’en dedans, exhumer toutes les parties qui constitueront son identité :l’Indien des origines, le nègre sorti de la calle du navire, l’Indien venu de l’Inde, le Chinois et les autres. Il doit examiner toutes les strates de cette tragédie humaine pour se reconstruire, retrouver son intégrité et renvoyer au monde le nouveau visage de l’humanité. Il lui faut réécrire l’histoire, la restituer dans sa vérité, montrer le rôle dévastateur de la traite négrière, rappeler l’arsenal de mesures mises en place pour la justifier : Le Code Noir, des caricatures, des comptines, des chansons, des légendes, des zoos humains et même des thèses pseudo- scientifiques. Propagande mise en œuvre dans le but de s’approprier le monde, bâtir de nouvelles fortunes avec la bonne conscience que procurait le soutien de l’église catholique. Pour se reconstruire, se réconcilier avec soi même, l’ homme Caribéen, Américain né de la calle du navire négrier, l’ homme délesté de son statut d’ être humain, l’ homme sans rêves réduit à l’ état de machine à produire de la richesse. On lui a enlevé ses dieux, ses coutumes, ses langues, il est dépossédé de tout, c’ est en cela qu’ il y a un HOLP UD CULTUREL, tout ce qui existait avant la traversée des océans est gommé, nié, le nègre américain anesthésié est conduit à une détestation de soi. Alors il lui faudra ruser, contourner, détourner, inventer de nouveaux rituels, de nouveaux instruments de musique, de nouveaux codes, de nouveaux moyens d’échange de communications, pour résister, se battre. C’est le nouveau défi, RECOLLER LES MORCEAUX, s’agréger a ce qui subsiste de l’Indien originel, s’agréger aux nouveaux venus, Indous,  Chinois et les autres. S’approprier la culture de son bourreau pour la tordre, la violenter pour construire son identité caribéenne. TEMOIGNER  Le véritable objectif de la traite était de s’approprier les richesses du nouveau monde, ne reculant devant rien, allant jusqu’à spolier une partie de l’humanité de son statu d’être humain. Aujourd’hui une nouvelle génération d’aventuriers semblables a ceux des siècles passés, transforment certains pays du Sud en terrains d’affrontements, fomentent des troubles, arment des guérillas pour mieux s’approprier les richesses de leurs sous-sols et de leurs forets. Des populations terrorisées, affamées, errent sur les routes, en exode, certains n’ hésitent pas à traverser les océans sur des embarcations de fortune, au péril de leur vie avec l’espoir de trouver en Europe les conditions d’une vie meilleure. Ils ne sont pas les bienvenus car ici le chômage et la précarité progressent, les emplois sont massivement transférés vers d’autres pays du Sud ou la main d’œuvre est nombreuse, docile et bon marché. Les vielles idéologies installées depuis le temps de l’ esclavage ne demande qu’ à s’exprimer. Les nouveaux immigrants s’agrégent aux vagues précédentes souvent regroupées dans les zones géographiques que l’on a bien voulu leurs concéder ou ils vivent difficilement, se raccrochant a tout ce qui peut les sécuriser, de l’appartenance au groupe, a l’ethnie, a la religion, c’est le repliement sur soi, sur sa «  communauté’ . Les autochtones nourris de la culture de l’idéologie coloniale développent une démarche de crispation identitaire eux aussi, encouragés par certains pouvoirs qui craignent que les damnés de la terre et les proletaires se ne découvrent un destin commun, celui de bâtir, de construire un autre monde un monde de fraternité dans le respect et le partage. LES DECHIRURES DE L’HISTOIRE L’installation présentée au Musée Départemental, Albert Demart de Champlitte en 2003, est une boîte, un espace clos, construit à l’aide de90 palettes de marchandise. Sur la façade, de chaque côte de l’unique porte d’accès, est inscrite, au pochoir a la peinture blanche, une date. On pénètre dans un premier espace peu éclairé ou les murs comportent des étagères en bois brut, du sol au plafond. Sur un mur, on trouve un empilement de cartons soigneusement scotchés, sur deux autres murs sont empiles et alignes des sacs en toile grise, de tailles identiques, chaque sac a une étiquette (par avion).Sur les étagères du quatrième mur, on trouve une accumulation de récipients métalliques, objets de pacotille ; Ensuite on pénètre dans un couloir sombre où il y a de chaque côté, des stalles, des cellules étroites, on retrouve sur chaque paroi tatouée au pochoir une date significative de l’histoire des Amériques, au sol une couverture grise provenant de surplus militaires. On pense à un lieu d’ enfermement, de confinement, un lieu ou l’on a peut être séquestré, gardé des gens en cachette. Pour ressortir on repasse devant les empilements de cartons, de sacs. Que contiennent-ils ? les affaires personnelles des habitants du lieu, peut être de la marchandise, tout cela n’est pas très rassurant. Peut-être s’agit- il d’un trafic d’êtres humains, ce lieu peut s’apparenter à tous les lieux de transit du monde qui reçoivent les hommes déplacés, marchandises des siècles passés et de notre monde contemporain. ALEX BURKE (novembre 2007) *BREAD AND PUPPET, Troupe de Theatre crée à New York en 1963 par Peter Schumann qui militait contre la guerre au Vietnam .

 

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